vendredi 24 janvier 2020

Discours d'Henri-Jacques Citroën au Salon International EPOQU'AUTO (Lyon) : Clôture des Célébrations du Centenaire (09 novembre 2019)


CENTENAIRE DE CITROËN (1919-2019)

Discours d’Henri-Jacques Citroën

Clôture des célébrations du Centenaire

 Salon International EPOQU’AUTO à Lyon (09 novembre 2019)


Encore une célébration, diront mes amis qui n’ont jamais vu un anniversaire qui dure si longtemps !

Certains m’ont demandé : tu ne crois que tu vas finir par fatiguer les gens avec toutes ces célébrations dont tu diffuses les informations, chaque semaine, sur les réseaux sociaux ?
Réponse : ce n’est pas ma faute si, partout dans le monde, chaque Club de collectionneurs et de passionnés a voulu organiser sa célébration et fêter le centenaire de Citroën à sa manière. Pour moi, il a été important, agréable et émouvant d’accompagner le mouvement.

Depuis Rétromobile en février, la fête n’a pas cessé ! Dans chaque pays, les Citroënnistes se sont rassemblés. Chine le 27 octobre, l’Australie quelques jours avant, l’Uruguay début octobre, le Chili ce weekend, l’Argentine début décembre. A la demande des amis d’Uruguay et du Chili, je leur ai envoyé un message vidéo de félicitation et d’encouragement. Celui d’Uruguay a été repris dans les médias locaux.

En juin, je me suis rendu à la célébration de Bruxelles puis, en juillet, à celle de Düsseldorf. Le Polo de Paris a dédié son Concours d’Elégance annuel à Citroën. Le 14 juillet, ce fut la parade Citroën à New York. Tout le monde s’y est mis : la Pologne, la Grèce, la Hongrie … La liste des pays est longue.

En France, le berceau de Citroën, la patrie de Citroën, les célébrations furent innombrables et l’enthousiasme toujours au rendez-vous. De tout mon cœur, je remercie et félicite tous les organisateurs et tous les bénévoles, en France et ailleurs, qui ont consacré tant de temps à cette belle cause et qui ont permis que la fête soit toujours belle ! Je vous invite à les applaudir.

Le paroxysme fut évidemment atteint lors du Rassemblement du Siècle à La Ferté-Vidame. Une grand-messe historique, une communion qui a rassemblé 60.000 personnes et 4400 voitures de collection. Le « Woodstock » de Citroën ! Ce fut le plus vaste rassemblement de passionnés d’une marque, jamais vu dans le monde, ce fut le plus grand musée automobile à ciel ouvert de l’Histoire, certes éphémère mais bien réel.

Pour reprendre les termes de la journaliste du quotidien Le Monde, Guillemette Faure, qui m’a interviewé sur place, « en France, il n’y a que 2 personnes qui déclenchent une telle ferveur et un tel enthousiasme de la part d’autant de gens de toutes origines : Johnny Hallyday et … André Citroën ». Une passion que l’on retrouve chez des personnes de tout âge. Mon épouse Delphine m’a suggéré de paraphraser Johnny Hallyday : « On a tous quelque chose d’André Citroën en nous ! ».

Lors de ces 3 jours inoubliables de juillet, j’ai vécu des moments de grande émotion :
D’abord les centaines de rencontres avec les passionnés qui ont tous des belles histoires à raconter et qui m’ont demandé des autographes et des photos à l’envi.

Mais aussi la rencontre avec 3 chinois qui me saluent et me disent : « Pour nous c’est un grand honneur de vous serrer la main ! Nous ne pensions pas que cela allait nous arriver un jour ! Nous tenons à vous dire que nous sommes venus de Hong-Kong spécialement pour cet événement et que nous sommes passés, au préalable, au cimetière du Montparnasse pour nous recueillir devant la tombe de votre grand-père ! »

Autre moment fort : un grand collectionneur qui possède une quarantaine de voitures anciennes Citroën me raconte qu’il possède une « Type A » trouvée dans une grange abandonnée : il va la voir fréquemment dans son garage ; en effet, comme c’est une des premières voitures produites dans l’usine de Javel, il est certain qu’André Citroën, lors de ses inspections quotidiennes des lignes de montage, a porté ses yeux sur elle, est passée à côté d’elle, et cela le touche profondément …

Autre moment notable : dans le Pavillon Citroën de La Ferté Vidame, les dirigeants de la Marque recevaient les journalistes autour de tables placées à cet effet. L’un de ces dirigeants est interviewé par une dizaine de journalistes chinois et, me voyant déambuler dans les parages, leur signale qui je suis : les chinois se lèvent comme un seul homme, m’applaudissent à tout rompre, m’invitent à une séance de photos sous tous les angles, 1 par 1, 2 par 2, 4 par 4, tous ensemble. Le directeur de Citroën me laisse sa place et je leur raconte des histoires sur la vie et l’œuvre d’André Citroën. Quelques jours plus tard, vaste couverture dans les médias chinois de mon discours de La Ferté-Vidame !

Ce discours avait pour conclusion : « Citroën, c’est la France ». Tout Français a une histoire, une anecdote, un souvenir à raconter qui concerne des voitures Citroën : chacun a un père qui possédait une DS, un oncle qui ne roulait qu’en 2CV, un neveu qui fait des rallyes en SM, un ami qui rénove une Traction Avant.

Prononcer ce discours devant des milliers de passionnés fut, vous vous en doutez, un grand moment. A son sujet, Jacques Séguéla m’a écrit : « J’ai lu ton discours qui n’en est pas un. C’est une lettre d’amour à ton grand-père. Il la mérite et il te mérite, tu es son meilleur publicitaire ». L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, maître ès-discours s’il en est, m’a écrit : « Bravo, cher Henri, pour ce discours émouvant et magistral ! ».

Je ne vais pas vous raconter l’histoire d’André Citroën, vous la connaissez, mais je vais, néanmoins, mentionner un événement marquant qui se déroule pendant la 1ère Guerre mondiale. Celle-ci commence et Bernard Citroën, son cher frère, meurt dans les tranchées. Un drame pour André, qui, combattant sur le front, se sent exaspéré par le déséquilibre : les allemands envoient beaucoup plus d’obus sur les lignes françaises que le contraire. Sans hésiter, il demande une permission à son supérieur pour aller proposer au gouvernement la construction immédiate d’une usine pour produire autant d’obus que l’ennemi. Feu vert du ministre de la Guerre. En 4 mois, sur des terrains inoccupés de Javel, cette usine est construite. Une réactivité à toute épreuve.

Dans l’adversité, il a su être réactif et créatif, et c’est une leçon pour tous.

Mon grand-père a toujours montré une grande résilience, de l’optimisme invétéré et une confiance dans l’avenir. Il s’est fait remarquer par une grande maitrise des relations publiques. Sans oublier un grand sens de l’humour qui lui faisait admirer les chansonniers qui ne cessaient de le brocarder. Un jour, il invita les 12 chansonniers les plus connus et organisa un concours qu’il définit dans ces termes :

Lelièvre, Mauricet, Baltha, Rip et Dorin
Vous m’avez maltraité de quatrain en quatrain
Grâce à moi, chaque soir, vous cueillez des bravos
Au meilleur d’entre vous j’offre une Cinq-Chevaux

Quatrain d’ANDRE BARDE
Les Citrons sont les plus rapides
Et c’est forcé
En raison du dicton limpide :
Citron pressé

Quatrain de RENE DORIN
J’ai médit de vous Citroën
Mon intention était pure
Je voulais gagner de l’argent
Pour vous acheter ma voiture

Et le vainqueur, qui gagna la voiture, fut LEO LELIEVRE, avec ce poème :
Lelièvre, mon aïeul, que l’on blague à la ronde
Par la tortue, un jour, fut battu de très loin
Moi, grâce à Citroën, je gratte tout le monde
Rien ne sert de courir, il faut un moteur au point

André Citroën est incontestablement l’industriel le plus sympathique du 20e siècle. Il a généré une impulsion qui a permis à la marque, après son décès, de rester créative, de créer d’autres modèles remarquables et qui resteront dans nos esprits.

La France et les français n’ont cessé de mener des combats et d’affronter des défis. Il en a été de même pour la Marque Citroën. Une histoire de défis et de combats. Une histoire de réussites, d’inventions, de créations, de progrès. Une histoire de femmes et d’hommes que cette aventure, sans fin, réunit. Nous sommes d’ailleurs ici tous ensemble.

Je n’ai pas connu mon grand-père, décédé prématurément en 1935. Mais, grâce à vous, j’ai l’impression de l’avoir connu. Il est tellement présent à travers vous que je sens sa présence et je fais de mon mieux pour en être sa digne émanation.

Le Centenaire se termine. 2019 sera une année inoubliable. L’année 2024 approche : ce sera le centenaire de la Croisière Noire. En attendant, l’année 2020 arrive : ce sera la 1ère année du 2e centenaire de Citroën !... Nous formons une grande famille et les occasions ne manqueront pas de nous retrouver, de nous rassembler …

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